Kessel

LETTRE À JÉ

J’imagine que ça aura au moins l’effet de te faire bomber un peu le torse puisque tu me demandes tous les jours si je pars écrire sur nous quand je m’enferme dans mon bureau pendant des heures.

Les Murs
5 min ⋅ 17/09/2024

Et quand tu me lis, je souris de remarquer tes sourcils grimper à la naissance des cheveux, mimique du mec étonné de voir que je préfère écrire une lettre à mon cul (rapport à ma missive précédente).

Il faudrait alors que je te dise que mille fois j’ai eu envie de te l’écrire cette lettre, qu’heureusement pour toi je te préfère à mon cul, mais que les mots ne sont pas si faciles à coucher – moins que moi héhé - et que si je te les écris je les veux parfaits. Si bien que même le jour de notre mariage, je n’ai pas osé. Paralysée par l’enjeu du moment, par la peur de dire de la merde (j’ai laissé ça à Nat), par celle de te voir changer d’avis « qu’est-ce qu’elle baragouine cette gourde », par peur aussi de trop me dévoiler devant les deux trois regards acides de l’assemblée (coucou oui je parle de vous) là pour scanner la nouvelle, celle qu’il fallait détester, sinon rien. Mais si je ne l’ai pas fait le jour J, je me rattrape aujourd’hui car on est le 17 et on se célèbre.

Deux ans de mariage déjà. Ou seulement deux ans ? Deux ans déjà parce que le temps à tes côtés file aussi vite qu’un enfant chinois dans un atelier Temu. Seulement deux ans, mais ressentis cinquante-trois (pour la rime), tant j’ai le sentiment de n’avoir connu que toi.

Tout est allé si vite. C’est ce que j’aime raconter à mes amies en naufrage affectif, celles qui – en désespoir de cause - enchainent les dates foireux avec des mecs qui n’aiment que leur mère ou disent kikou ma belle. Je leur raconte que la vie réserve bien des surprises et que tout peut s’éclairer en une fraction de seconde. En une soirée d’été. En une rencontre dans un restaurant en bord de mer, au hasard. Je leur raconte que si on y croit mais qu’on ne court pas après (c’est si vrai), le grand amour nous attend quelque part.

J’ai débarqué dans ce restaurant que je ne connaissais pas, suiveuse de C qui m’a vendu l’endroit comme incontournable et le patron – un bon ami – comme très sympa. Tu étais derrière le bar, premier été post Covid et pour mon plus grand confort la manie de se faire des bisous sur les joues était devenue un geste un peu fou. Même si je peux le dire aujourd’hui je t’aurais volontiers galoché pour te saluer mais ça aurait peut-être enlever un peu de magie à l’instant. Alors, tu m’as serré la main avec une poigne qui m’a fait oublier les variants et tout le reste. Me laissant quelques secondes à l’érotisme de mes songes, toi Hercule et moi petite chose, sur ce bar, là maintenant, les verres qui valsent et ta tête entre mes. Pardon. Je disais, la magie de l’instant.

...

Les Murs

Par Laura Isaaz Thion

Les derniers articles publiés

LETTRE À VOUS

par Laura Isaaz Thion   ⋅  23/12/2025 1 min

Entre deux rafales de burineur dans les murs porteurs, pas de métaphore même si ça pourrait, je prends mon clavier pour faire une petite annonce.

L'INCRUSTE DE NOVEMBRE : MARGAUX DE FOUCHIER

par Laura Isaaz Thion   ⋅  28/11/2025 3 min

Il y a ceux qui passent et ne voient rien. Et puis il y a les autres. Ceux qui regardent autrement. Ceux pour qui les hasards ne sont jamais tout à fait dus au hasard, pour qui le monde murmure, fait des clins d’œil, envoie des messages cryptés, pourtant terriblement clairs. Je fais partie de ceux-là.

TRADWIFE

par Laura Isaaz Thion   ⋅  18/11/2025 3 min

J’ai un peu la flemme d’écrire en ce moment. Et j’ai la flemme aussi de devoir traduire au gang d’anciens (mes parents) le titre choisi plus haut. Ceux-là même qui te racontent qu’ils ont eu 19 en anglais au baccalauréat mais qui disent bajelle pour commander « mais tu sais le sandwich avec un trou au milieu ».

L’INCRUSTE D’OCTOBRE : SOLAL MAMAN

par Laura Isaaz Thion   ⋅  30/10/2025 4 min

J’ai créé l’Incruste pour prêter la plume aux gens qui en ont envie (et qui écrivent bien calmez-vous). J’ai commencé avec des amies dont j’aime l’esprit mais aujourd’hui c’est à un sympathique inconnu, Solal Maman (meilleur blase de la terre), que je laisse une place sur les Murs. Bien bonne Lecture.

LETTRE AUX PARENTS D’ADOS

par Laura Isaaz Thion   ⋅  09/10/2025 3 min

Promis un jour ça s’arrête.

L'INCRUSTE DE SEPTEMBRE : ELISSA REGNIER-VIGOUROUX

par Laura Isaaz Thion   ⋅  22/09/2025 4 min

Quand Laura m’a invitée à prendre part à cette NL, me laissant carte blanche sur le thème, j’ai beaucoup tergiversé. En effet, il n’est pas aisé de s’adresser à une audience inconnue qu’on doit embarquer sur 1800 mots. Je me suis dit, Ok, fais simple, consensuel, basique même.

NOUVELLE PAGE

par Laura Isaaz Thion   ⋅  16/09/2025 3 min

La porte de chez le notaire se ferme derrière nous dans un claquement sourd et lent qui témoigne de la qualité des charnières. Information qui ne sert à rien. On s’échange des sourires soulagés, de ceux qui viennent après les gros événements et le stress associé : l’acte est signé, tenez, les clefs sont à vous on leur dit, et la maison avec.

L’INCRUSTE DE JUILLET : CHARLOTTE LEONARDI

par Laura Isaaz Thion   ⋅  22/07/2025 3 min

Depuis très jeune, je me suis toujours dit qu’on ne choisissait pas sa famille, mais qu’on pouvait choisir celle qu’on se crée. Et c’est exactement ce que j’ai fait.

LE UC

par Laura Isaaz Thion   ⋅  01/07/2025 4 min

Presque aussi ramollie que le cerveau de Donald, pas le canard, l’autre, soumise aux trente-cinq degrés qu’il fait déjà dans mon bureau à huit heures, je m’éponge la moustache avec l’arête de l’index, me fais la promesse de ne plus jamais porter la frange et me questionne : quel sujet ferait sens un jour comme celui-ci ?

LETTRE À MA PSY

par Laura Isaaz Thion   ⋅  16/06/2025 4 min

Depuis le temps que je vous la dois.